Trouver un "mari" ou une "femme" de bureau pour réussir votre vie au travail ?

Le phénomène des "work spouses" se répand aux Etats-Unis comme en France, mais comment expliquer ce besoin d'être en binôme quasiment fusionnel pour mieux travailler ? Pour notre productivité comme pour notre motivation, avoir un mari ou une femme de bureau serait particulièrement bénéfique.


Atlantico : D’après le site Internet américain Vault.com, tous les ans depuis 2010, environ 30% des employés déclarent avoir un "work spouse", c’est-à- dire "mari" ou "femme" de bureau. En 2013, ce chiffre est monté jusqu’à 44%. Pouvons-nous observer le même phénomène en France ? En quoi consiste ce concept de couple de travail ?


Xavier Camby : Ce concept est et demeure principalement anglo-américain et se décline sans ambiguïté selon les genres, en "office husband" ou en "work wife". En fait, ce binôme n'est pas nécessairement fondé sur une différence de sexe. J'ai croisé de nombreux authentiques "working couples" d'un même sexe - sans aucune confusion à caractère émotionnel ou sensuel - fondant une exceptionnelle et très productive complicité, pérenne et inventive. Le paradoxe est que dans de très nombreuses entreprises anglo-saxonnnes, votre conjoint ne peut y travailler en même temps que vous ! Si donc vous choisissez de convoler avec un ou une collègue, l'un des deux devra quitter la firme ! Aucune étude, aucune observation ne donne la moindre légitimité à cette règle péremptoire d'un autre âge. Je redoute qu'elle soit à base d'une légère mais pathétique paranoïa... Et qu'elle veuille individualiser et isoler pour mieux régner !


La sagesse populaire et le bon sens attestent pourtant du bien-fondé de cette pratique croissante du "work spouse" : nous savons d'expérience que derrière chaque grand homme, il y a une grande femme. Et réciproquement. C'est dans le creuset de cette intimité, pas nécessairement sexuelle, de cette complicité, transcendant l'éventuelle trivialité de nos instincts, que s'exprime le meilleur de notre créativité et que se fonde le courage d'agir résolument, avec pertinence et efficacité. A l'inverse, il est exact aussi d'affirmer qu'il n'existe pas de vraie réussite solitaire. Cette dualité complémentaire est hélas trop rarement admise en France, faisant bien plutôt le lit de calomnies dévastatrices.


Atlantico : Quels sont les bénéfices pour les deux partenaires de se mettre en couple de bureau avec quelqu'un qui travaille dans la même entreprise qu'eux ? Quels sont les avantages pour l’entreprise ?


Xavier Camby : Cette relation intime et créatrice se retrouve naturellement dans de très nombreux avatars : les "couples" apprentis & maîtres artisans ; le mari & la femme qui gèrent ensemble un commerce ou une petite entreprise artisanale ; des partners, associés indéfectibles, qu'il s'agisse de pêcher, de chasser, de créer du business ou d'accomplir d'extraordinaires performances sportives. Il y a là une structure psychique de base, attestée désormais par les toutes dernières découvertes des neuro-sciences : je suis d'autant plus moi-même que l'autre est... autre. C'est cette différence fondamentale, acceptée et respectée, qui crée la relation vraie, inventive et innovante. L'alter ego est la clé de ma réalisation personnelle. L'autre, aussi autre qu'il puisse être, accepté dans une bienveillance réciproque, me permet de donner le meilleur de moi-même et de stimuler notre imagination et nos intuitions... devenues collectives.


Des grands groupes, assez inventifs et authentiquement anti-conformistes, s'inspirent de cette dualité créatrice pour confier la gestion de leurs sites ou de leurs filiales à des couples. C'est intelligent, si ce n'est pas sectaire, idéologique ou réducteur.


Atlantico : Les limites entre monde du travail et vie personnelle sont-elles de plus en plus poreuses ? Mélangeons-nous trop les sphères au quotidien ? Est-ce quelque chose de positif ou de négatif ?


Xavier Camby : Cette limite entre vie personnelle et vie professionnelle, même si on nous répète à satiété les âneries du worklife balance (en anglais, ca paraît plus sérieux), de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, est artificielle et donc ne tient pas. Nous le savons tous très bien : ce qui nous impacte émotionnellement au travail rejaillit sur notre vie privée et réciproquement. Plutôt que de vouloir vivre dans d'imaginaires caissons étanches, apprenons plutôt à vivre de façon unitaire et unifiée ! La création de ces relations intimes et confiantes, sur le lieu du travail, ne peut se satisfaire des habituelles réductions normatives à base de JobDesc ou de matrices de reporting ! Nous le savons depuis Jean Bodin (1577) : "Il n'est de richesse que d'hommes". C'est moi qui rajoute le s à homme, et l'homme est à entendre au sens générique. Alors oui, il n'est de richesse que d'hommes et de femmes qui savent vivre ensemble, sans exclusion ni condamnation, loin des idéologies morbides ou sexistes, mais dans une authentique et puissante intelligence collaborative, dans des partenariats fondés sur la bienveillance pour l'autre et une exigence, certaine autant que non-violente, afin qu'il donne le meilleur de lui- même !

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