Tests de personnalité : peut-on s'y fier ?


« Depuis des années, et plus encore lorsque j’étais chasseur de tête et dirigeant, j’ai constaté l’ineptie des tests dits «de personnalité », souvent appelés « psychométriques » pour leur donner un vernis scientifique. Après les astres et le zodiaque, après les lignes de la main et la morphopsychologie, après la numérologie, la graphologie et la radiesthésie, notre moderne rationalisme a inventé le test, nouvelle boule de cristal omnisciente et prophétique. Plus de 40 000 tests séviraient dans notre monde, prétendant révéler, en mode sans échec, l’intimité profonde d’une personne, d’un candidat ou d’un collaborateur !


Très empiriques, sans autre légitimité que des observations (parfois pertinentes, souvent biaisées) ou des extrapolations (j’en connais de parfaitement absconses), ces tests veulent cerner l’entier comportement humain, pour le rendre prévisible. Quitte à le réduire à quelques archétypes efflanqués: 3 ou 4 couleurs, 5 à 8 adjectifs suffiraient pour qualifier une personne humaine, comme on calibre une patate.


Le 1er problème de ces tests consiste en la « réduction de tête » qu’ils opèrent. Vouloir encapsuler le merveilleux mystère d’humanité de chacun dans des catégories plus qu’étroites est vain et stérile. En plus d’être dangereux, car risquant d’inhiber toute pensée libre, toute perception subtile, toute intuition d’une réalité complexe ! Je connais des dirigeants maraboutés par ces tests, s’enfermant eux-mêmes dans des jugements (à base de couleurs) aussi superficiels que ridiculement étroits, au mépris de leur intelligence.


Le 2ème reproche est plus essentiel. Beaucoup de ces tests sont utilisés – en théorie – pour prendre «une bonne décision». Dans les faits, ils servent à essayer d’éviter tout risque d’erreur. Le test, réducteur au point d’en devenir mensonger, permet cette illusion et fonde ainsi des décisions idiotes, hallucinées d’inepties. Nombre de dirigeants m’ont appelé pour se plaindre d’un de leurs collaborateurs, avec cet argument extraordinaire : « Je ne comprends pas... Sa grapho était excellente » ? En lieu et place d’une personne humaine réelle, ils avaient seulement managé un test...


Le dernier grief n’est pas le moindre. Trop souvent, ces tests sont imposés – plutôt que proposés – lors de recrutements ou d’évaluations. La grande majorité des « testés » vivent cet exercice contraint comme une angoissante intrusion. D’autant plus que les commettants s’étant abstenu de solliciter leur libre accord, oublient ensuite de leur en donner une solide restitution (faute de savoir les commenter). Cette intrusion forcée obère gravement la confiance : « Que veut-on savoir de moi, que je ne puisse leur dire ni connaître ? »


Réducteur jusqu’à la caricature, bancale béquille décisionnelle, destructeur de confiance, l’usage de ces tests révèle un regrettable et singulier manque de courage: celui de prendre le risque de l’infiniment riche et admirable altérité de l’autre ! »

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