Le surmenage ou le stress au travail...

Vous ne vous êtes pas encore arrêté cet été ? Pensez-y... voilà ce que 365 jours sans vacances font à votre organisme

Le surmenage, ou de façon plus générale, le stress au travail est pourvoyeur de plusieurs pathologies. La reconnaissance relative du burn-out, montre que bien que l'épuisement au travail est un cas avéré.


Atlantico : Les développements récents de la recherche semblent démontrer les effets du surmenage, et de la nécessité de s'octroyer du repos. Ainsi, une étude publiée en 2012, s'étalant sur une période de 50 années a pu montrer une augmentation de 80% des risques de maladie coronarienne, pour les deux sexes, pour les personnes travaillant plus de 10 heures par jour. Que sait-on aujourd’hui des dégâts médicaux potentiels relatifs au surmenage ?

Xavier Camby : Peut-être pouvons-nous d'abord rappeler ce qu'est le surmenage : est surmené celui ou celle qui ressent une profonde fatigue morale, psychique, intellectuelle et parfois physique (pour les sportifs, par exemple), suite à une activité trop intense, mais aussi à sa perception de cette activité. De nombreux troubles psychique ou du comportement résultent du surmenage (agressivité, impatience, crises de tristesse ou d'angoisse, crise de boulimie ou d'apathie...). Est en surmenage celui ou celle qui, pour une raison ou une autre, a cessé de se ménager, de doser ou de répartir son effort et de prendre soin de soi. Le travail n'est donc pas la seule causse de surmenage et de cette perception (erronée parfois, d'une surcharge d'activité). On voit des femmes au foyer surmenées, des retraités ou des enfants surmenés. Mêmes des chômeurs ! Et des travailleurs travaillant 6 jours sur 7, des 10 à 12 heures par jour, en pleine santé et en très heureuse forme.


Une vrai question : pourquoi se surmène-t-on ? Ou pourquoi acceptons-nous de nous surmener, de nous voir imposer cette contrainte objectivement empoisonnée qu'est le surmenage ?


Il existe mille situations différentes, mais tous les surmenés que j'ai pu rencontrer ont PEUR ! Non pas une peur réelle, objective et tangible. Mais une peur sans objet, sans matérialité, qu'on appelle l'angoisse et dont les effets sont dévastateurs. Les neuro-sciences sont en train de le démontrer : les somatisations infiniment variés dont nous souffrons sont d'origine émotionnelle négative. Que se soit au travail (peur de l'échec, peur du patron ou des syndicats, peur de manquer, peur des autres, peur du chômage) ou à la maison (peur de mal faire, peur de mal éduquer ses enfants, peur de perdre son conjoint) ou ailleurs, ceux qui acceptent -inconsciemment, le plus souvent- d'être surmenés ont peurs.


Cette émotion négative, le plus souvent refoulée dans l'inconscient, fermente peu à peu et tricote malignement, dans notre psychisme comme dans notre biologie, beaucoup des troubles dont nous souffrons. Cela reste à inventer, mais je crois qu'on peut travailler 10 heures par jour, sans aucun stress -et sa dévastatrice, épuisante production de cortysol-, sans peur ni angoisse, sans l'abrutissement des tâches inutiles -mais qui rassure leurs commanditaires, eux-mêmes en panique. C'est le management du futur, pour ce qui concerne le travail, qui permettra une meilleure santé. Et la prévention des maladies coronariennes ou autres !


Atlantico : En 2012 encore, une autre étude (baptisée Whitehall II) indiquait qu'un travail quotidien dépassant 11 heures doublait la probabilité de connaître un épisode dépressif majeur. Que sait-on des risques du surmenage sur la santé mentale ?


Xavier Camby : Il convient d'être assez prudent concernant les résultats d'études quantitatives qui voudraient se montrer prédictives : beaucoup d'erreurs majeures en matière de sciences médicales se fondent justement dans cette approche un peu trop exclusivement statistiques. Il est cependant incontestable -et de simple bon sens- que si l'on n'aime pas son travail, y être contraint à 70% de sa vie éveillée peut détériorer gravement et irrémédiablement la santé psychique ou mentale. Permettez-moi cependant, sans être aucunement médecin, mais en me fondant dans mon expérience de faire une distinction entre la dépression et le Burn-out. les symptômes sont identiques, mais les causes très différentes. Si le Burn-out, né du surmenage au travail est parfaitement rémissible (à condition d'être bien soigné), la dépression apparait de plus en plus comme une maladie grave, pour laquelle les guérisons définitive semble très rare. S'il peut l'invoquer souvent, le dépressif est rarement surmené car il n'aime pas travailler. A l'inverse du Burn-outé.


Atlantico : De plus, d'autres études (http://pss.sagepub.com/content/23/10/1117 ), (http://aje.oxfordjournals.org/content/169/5/596.full) indiquent également que le surmenage conduirait également à un affaiblissement des capacités cognitives, alors qu'un temps de repos favoriserait la créativité. En quoi le repos peut-il être un atout pour le travail lui-même ?


Xavier Camby : Là encore les neuro-science progressent très vite et attestent en effet que le repos d'une partie du cerveau -pendant le sommeil ou des moments intenses de perte de notion du temps, lorsque que par exemple nous sommes passionnés ou que nous sommes dans le plaisir- permet d'avantage la libre expression d'une autre partie, créative et intuitive. Ainsi donc, alterner des périodes de travail et de repos, de loisir et d'action, même sur un rythme soutenu, favorise l'invention et l'innovation. Là encore nos si belles et précieuses émotions -les grandes méprisées de la révolution rationaliste- nous sont essentielles lorsqu'elles sont positives et létales lorsque contraires. S'il y a beaucoup de neuroscientifiques que je voudrais honorer, dont Antonio Damasio, il convient peut- être de redorer le précieux travail de Paul McLean. Son approche systémique du fonctionnement du cerveau retrouve aujourd'hui toute son originale valeur, permettant d'échapper aux méandres des approches anatomiques, encore trop limitatives.


Pour finir, permettez-moi de vous parler d'une cause ignorée du surmenage "domestique" ou "laborieux", dont tous en civilisation occidentale, nous souffrons. Notre corps est programmé, en fonction de l'intensité lumineuse des jours, pour travailler ou se reposer. Travailler l'été et se reposer l'hiver, au gré des naturelles variations photoniques, Cependant et depuis plus de 2 siècles, nous vivons à l'envers de notre biologie : nous travaillons intensément l'hiver et nous nous reposons l'été. C'est idiot et très malsain. Pour la petite histoire, les grandes vacances d'été furent inventées afin de permettre aux enfants des campagnes d'aider leurs parents aux champs, pour l'intense travail des récoltes et des vendanges. Nous ne sommes plus une civilisation majoritairement agricole depuis des années. Mais nous conservons ce cycle anti-naturel et destructeur ! Je crois qu'il y a là une explication très rationnelle à de trop nombreux surmenages ! Un peu d'écologie humaine nous ferait beaucoup de bien.


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