La souffrance n'est pas une fatalité

Détox Management par Xavier Camby


Communauté d’êtres humains, l’entreprise porte en elle-même, comme chaque être vivant depuis sa naissance, toutes les ressources nécessaires à sa croissance harmonieuse, au développement de ses talents particuliers et à sa potentielle fécondité au bénéfice de tiers.


Elle peut être marquée par quelques défauts natifs mais si elle y survit, c’est donc que ses toxines internes et originelles sont peu nocives. Elle peut cependant, par le simple fait de sa croissance organique et naturelle, importer des toxines, plus dangereuses, qui lui étaient étrangères, en toute candeur et innocence, avec les meilleures des bonnes intentions.


Pour maintenir le bienêtre au travail, premier facteur - exponentiel! - de la performance économique individuelle et collective, il est primordial de veiller au maintien ou à l’instauration d’attitudes positives et de comportements collaboratifs. C’est-à-dire, le plus souvent, d’entreprendre une désintoxication incessante, une dépollution douce et vigilante, au sein de l’entreprise.


Cette action pourrait devenir l’enjeu essentiel de la Gestion du Capital Humain du futur. Sa véritable première et indispensable valeur ajoutée, plus certainement que la recherche de métadonnées ou que l’augmentation des contrôles et des sanctions.


L'explosion actuelle de la souffrance psychologique et émotionnelle au travail (surmenage, stress, conflits, somatisations diverses, syndrome d’imposture, bore-out, burn-out, dépression, suicide...) montre assez qu’il est urgent d’instaurer ou de rétablir une puissante écologie humaine au travail.


Absentéisme, inhibition créative, immobilisme et refus du changement, conflits plus ou moins intenses, roulement de personnel, sabotage plus ou moins passif (et inconscient)... ne sont que des symptômes, qu’un diagnostic erroné pourrait nous fait prendre pour des causes !

Des attitudes et des comportements toxiques inconscients et involontaires constituent les vraies racines de ces souffrances. Souffrances qui tétanisent collaborateurs ou managers ; qui consomment ou détruisent la valeur ajoutée que l’entreprise veut produire.


C’est en effet parce qu’un manager souffre qu’il va mal manager et faire souffrir. Et s’il souffre, c’est qu’il n’a pas appris à se manager lui-même, à se prémunir des toxines qu’à son corps défendant, il peut attraper puis transmettre, en dépit de ses bonnes intentions ou volontés.


La souffrance au travail n’est pas une fatalité, contrairement à ce qu’une certaine paresse morale ou des croyances dévoyées pourraient laisser croire. Le travail n’est pas un lieu de contrainte ou d’expiation, mais bien celui de la réalisation de soi et de l’actualisation de ses talents, par la création d’une valeur ou d’une richesse nouvelle, qu’ensuite on peut partager.


Permettez-moi de vous proposer, au gré des articles de cette chronique, un voyage curatif pour identifier les toxines endogènes ou exogènes qui polluent nos entreprises et freinent leurs développements. Afin d’agir ensuite...


Le Directeur Général égaré


J'aime entendre parler de Capital Humain plutôt que de Ressources Humaines. Jean Bodin l'écrivait en 1577 : « Il n'est de richesse que d'homme». Si notre premier Capital, essentiel, est Humain, alors sa valorisation ne peut qu'être humanisante !


Jadis, jeune inspecteur en France à la Commission des Opérations de Bourse (la COB, devenue depuis l'AMF), j'ai été témoin d'un acte de management toxique, involontaire, voire inconscient. Nous occupions quatre étages d'un immeuble assez éloigné de la « corbeille », alors hébergée dans le Palais Brogniart, au cœur de Paris.


L'étage le plus élevé était l'apanage des «membres de la Commission», du Directeur Général et de ses adjoints. Nous autres, dans les services opérationnels, habitions les étages inférieurs, attribués à l'aune de notre prestige ou de nos mérites. Un jour, notre DG descendit du ciel et vint nous visiter. S'était-il égaré ? Faisant bonne figure, il visita nos bureaux assez miteux, s'extasiant sur nos travaux. Il atteint le summum de son art en s'émerveillant dans le réduit servant de bureaux à notre assistante où il s'écria : « Quel beau métier vous faites, quelle chance vous avez ! ».


Oui, elle faisait un beau métier, parce qu'elle l'aimait et aimait servir. Oui, elle créait chaque jour sa chance, fidèle en tout, loyale et dévoyée, souriante et disponible. Elle ne supporta pourtant pas l'inconsciente ironie de ce DG idiot : elle démissionna. Le maladroit n'imagina jamais l'incongruité irresponsable de son attitude intérieure.


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