Compliance, quand tu nous tiens !

Mis à jour : 29 mai 2019


Peut-être est-ce une généralisation, mais j’observe de plus en plus nos belles organisations économiques connaître de paroxistiques crises de tétanie. De tétanies décisionnelles...


Très paradoxalement, certaines d’entre-elles s’agitent pourtant intensément et en tous sens !


Pour sans doute prévenir les éventuels dysfonctionnements d’un petit nombre, pour limiter toujours plus les risques de toute nature – sans plus désormais admettre les pertes acceptables ni le risque calculé, réalités propres à tout entrepreneur authentique – pour provisionner plutôt qu’investir et pour décupler les objectifs tout en dévastant les effectifs...


Il semblerait qu’en son sein, l’entreprise favorise désormais bien trop souvent des aventuriers de l’inaventure. Lesquels multiplient les règlements, les procédures, les consignes et les contraintes, semant en tempêtes des courriels pleins d’injonctions péremptoires, négatives, soupçonneuses et le plus souvent inutiles ou contradictoires, vrais tsunamis décisionnels qui submergent toute innovation, toute action, toute solidarité ou toute contribution et finissent par noyer et engloutir l’activité économique réelle et productive.


Au motif des meilleures des bonnes intentions, nos chasseurs de risques, toujours plus inventifs et sclérosants, s’imposent! Le COO d’un grand groupe expose des fortunes pour contraindre tous les collaborateurs à tenir la rampe, dans tous les escaliers, dans le monde entier. Un DRH crée un impossible parcours du combattant (assesments de plusieurs jours, savamment composés d’impossibles tests, aussi artificiels que décourageants) lors de chaque recrutement ou pour toute promotion. Des juristes – précautionneux par nature – rédigent des contrats qui présupposent et préparent l’échec de toute collaboration ou de chaque partenariat. Certains financiers, fanatisés du tout-contrôle, suspectant tous et chacun, se comportent comme des néo-inquisiteurs et veulent toujours plus trancher de têtes, invoquant des gains futurs. Quelques acheteurs enfin, se posant en maîtres de justice, imposent mille supplices administratifs à leurs clients internes comme à leurs partenaires-fournisseurs, pressurés et déjà exsangues... Tout cela, sur les autels de la compliance !


La compliance d’entreprise (en bon français: la conformité), principe général de la bonne gestion et sacralisée à cause de ses apparences éthiques, légitime un peu trop souvent cette nouvelle forme de guerre sainte interne, laquelle, comme toutes les guerres, accumule destructions et victimes. Ses promoteurs ne cherchent trop souvent, dans les faits et par leurs oukases, qu’à augmenter leur influence, qu’à affirmer leur domination ou qu’à prendre le pouvoir.


Changeons d’atmosphère ! En médecine, la compliance décrit l’aptitude d’un organe vivant à changer de volume sous l’influence d’une variation de pression, ce qu’on appelle la distensibilité. En robotique ou en mécanique, elle caractérise la capacité d’un appareil à avoir un comportement souple, permettant ainsi de s’adapter à un environnement donné ou variable.


Ainsi donc, la compliance pourrait aussi bien se comprendre comme une forme d’agilité et d’humilité, de souplesse et de réalisme, permettant de se conformer et de s’adapter à tout environnement, changeant par nature. Plutôt donc que d’être cet argument sécuritaire de vitrification de toute audace, de toute expérimentation, de toute entreprise et de tout risque – finalement peut-être même de la vie elle-même en ce qu’elle est changement perpétuel – elle pourrait devenir une judicieuse, pertinente et efficace mesure d’adaptation douce et d’anticipation flexible, à la réalité changeante. Nous pourrions alors parler, non plus de conformité, mais de conformation... au monde réel !


Rêvons un peu : au service enfin (ou à nouveau), soutenant de ses expertises les nécessaires décisions au sein de nos organisations, stimulant une concertation focalisée sur la finalité objective de nos entreprises (créer une vraie richesse durable à partager, sans jamais détruire nos ressources) la compliance légitimerait ou amortirait alors vraisemblablement son coût économique devenu prohibitif et toujours croissant.

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