Absences de longue durée : les entreprises démunies devant leurs jeunes salariés...

Publié le 10 septembre 2019


Les absences de longues durées explosent chez les jeunes de moins de 40 ans selon une étude quantitative Ayming-AG2R La Mondiale. Le taux global d'absentéisme est passé de 4,72% en 2017 à 5,10% en 2018.


Atlantico : Ces absences traduisent-elles une forme de défiance généralisée envers l'entreprise chez les jeunes ? Ou est-ce à attribuer à d'autres phénomènes ? 


Xavier Camby : Permettez-moi de recourir à une simple métaphore, celle d'une expérience qu'enfant nous avons tous faite, quel que soit notre courage : se déclarer malade ou souffrant, dès que s'annoncent une épreuve un peu difficile, un devoir insuffisamment préparé, un conflit avec d'autres élèves, un exercice contraignant ou inutile... De façon très drolatique, les études montrent que l'absentéisme des adultes au sein de nos organisations professionnelles ressemble sensiblement à celui des comportements enfantins. 

Au-delà des vraies causes extérieures (maladies virales, problèmes familiaux et/ou personnels, accidents domestiques ou de transports...) l'absentéisme peut donc très souvent procéder d'une manœuvre délibérée face à une situation difficile ou bien d'une authentique pathologie, née de la somatisation -inconsciente, mais conséquente- des stress générés au travail.

On le sait, le stress généré par la perception d'un danger va stimuler toute nos fonctions, de sorte que nous puissions l'affronter efficacement. Sauf UNE : notre système immunitaire, qui serait "débranché" pendant environ 6 heures après chaque réaction de stress. Ce qui permet donc l'apparition de nombreuses maladies "psychiques", aussi.

L'accroissement hélas constant de l'absentéisme, au-delà des petits tracas domestiques, provient des environnements de travail de plus en plus toxiques, de moins en moins acceptés ! Injonctions, irrespects, tensions et conflits, comportements et objectifs anxiogènes, micro-management culpabilisant, déstabilisant et dé-responsabilisant... peuvent être désignés comme à l'origine de cette augmentation de l'absentéisme, notamment chez les plus jeunes salariés.


Atlantico : Comment les entreprises peuvent-elles gérer ses absences croissantes et, plus généralement, les nouveaux parcours des jeunes ? A quoi peuvent-elles avoir recours ?


Xavier Camby : Dans toutes les organisations, publiques comme privées, il s'agit d'abord de considérer les causes et non pas seulement les symptômes ! Plutôt que de vouloir gérer ces absences, il est préférable d'entreprendre d'en éradiquer autant que possible les causes. Et donc de faire disparaître les comportements toxiques !

C'est tout à fait possible et à moindre coût ! Il suffit de cesser les pressions à court terme, les injonctions paradoxales et/ou négatives, l'instrumentalisation des personnes humaines, les courriels péremptoires, les séances inutiles interminables... Et surtout les conflits interpersonnels, qui détruisent inutilement les énergies psychiques. Bref, mettre en oeuvre -enfin- un management humain et responsable !

N'importe quel idiot qui peut essayer de prétendre créer une valeur ajoutée, tout en détruisant ses ressources... Il est plus honorable de savoir créer de la richesse, tout en préservant -voire en enrichissant- la plus indispensable de nos ressources : l'humaine !


Atlantico : Dans l'administration publique, comment ce phénomène se traduit ? Quels sont les problèmes qu’il crée ? 


Xavier Camby : Devenue hélas pléthorique et ingouvernable, l'administration française est exceptionnelle dans ses dysfonctionnements, si l'on excepte quelques autres (en Chine ou en Afrique...). Ses règlements y sont dérogatoires ou d'exceptions, différents du régime commun. L'absentéisme y est très concrètement favorisé : le 1er jour d'absence n'est pas rémunéré. Mais si l'absence se prolonge d'une journée supplémentaire, alors les 2 jours d'absence vous sont payés ! Peut-on concevoir un système plus stupidement incitatif ?

Comme dans presque toutes les administrations civiles, l'accroissement actuel de l'absentéisme converge avec le présentéisme, vielle maladie endémique de ces organisations. Et le management toxique n'est pas sans y sévir, par le fait d'un très maladroit et récent usage de ses méthodes, ailleurs déjà connues comme obsolètes, dans le monde économique. 

Mais une révolution définitive est en marche : bien peu de jeunes talents acceptent désormais de vivre dans des environnements toxiques ou dangereux pour leur santé, physique et psychique, où ils se verraient contraints de se faire arrêter ou de s'arrêter, afin de contrer ses contagions négatives.


https://www.atlantico.fr/decryptage/3578766/absences-de-longue-duree--les-entreprises-demunies-devant-leurs-jeunes-salaries-xavier-camby

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